La région de Charlevoix
Il y a 350 millions dannées, un bolide colossal a creusé l'immense cratère qu'est Charlevoix. Le météorite, d'un diamètre
de 2 kilomètres et pesant 15 milliards de tonnes, est sous le mont des Éboulements à 5 kilomètres sous la surface. Le mont
des Éboulements, d'une hauteur de 768 mètres, est probablement le ressac de la matière percutée et liquéfiée par la chaleur.
Le cratère,
bordé par la couronne d'effondrement, a 56 kilomètres d'un bord à l'autre. Ce cratère comprend le secteur de Baie Saint-Paul
à Cap-à-lAigle en formant une demi-lune qui englobe les secteurs de Clermont, Notre-Dame-des-Monts et Saint-Urbain. Le plancher
du cratère devint habitable et il s'est formé 2 rivières: du Gouffre et Malbaie.
Les habitants du cratère
Le cratère
permit la colonisation d'une étroite zone circulaire au milieu de la partie la plus abrupte et la plus austère du massif Laurentien.
L'accès à la mer y est resté difficile, le sol rocailleux et les ressources naturelles rares. Les premiers habitants furent
les Montagnais qui y ont planté leurs tentes au passage. Ce n'était jamais pour longtemps en laissant peu de traces. Dans
cette terre accidentée, il n'y avait pas beaucoup d'endroits pour installer des villages, dit Jean Des Gagniers, auteur de
Charlevoix, pays enchanté.
Samuel de
Champlain n'avait pas été impressionné: Toute ceste coste, tant du Nord que du Su,
depuis Tadoussac jusques à l'isle dOrleans, est terre montueuse & fort mauvaise, où il n'y a que des pins, sappins, &
des rochers très mauvais, où on ne sçauroit aller en la plus part des endroits.
Les pins,
dont parle Champlain, fournissent toutefois la première ressource naturelle de Charlevoix. Vers 1670, l'ntendant Jean Talon
envoie 20 hommes à la Baie Saint-Paul pour fabriquer du goudron avec la résine des conifères qui y abondent. À partir de ce
moment, des familles s'installent dans la région, d'abord le long de la rivière du Gouffre, ensuite à Saint-Joseph-de-la-Rive
(alors les Éboulements-en-bas), à l'Île-aux-Coudres et à La Malbaie.
Dès le début
des années 1800, la majeure partie de l'espace habitable de Charlevoix est occupée. Les terres manquent et les gens se voient
contraints démigrer; 80 % des premiers colons du Saguenay sont de Charlevoix.
Ce premier
texte est un résumé d'un article paru dans Géographica de Mai-Juin, (pages 4
à 11)volume 2, numéro 3. Géographica était un encart du magazine l'Actualité
de mai 1998.
L'arrivée
de l'intendant Talon en 1665 marque une étape importante pour Charlevoix. Talon reçoit le mandat de développer sur place
une économie fleurissante. On le renseigne sur les richesses minérales découvertes dans la région de Baie-Saint-Paul depuis
le tremblement de terre de 1663. Préoccupé à trouver et produire des matériaux pour les chantiers navals, il encourage plutôt
la fabrication du goudron et des mâts. Les artisans de cette production sont Pierre Dupré et Jean Serreau-de-Saint-Aubin.
La région demeure une terre de passage. Les engagés s'installent mais sans être propriétaires des terres qu'ils occupent.
Le système seigneurial au Canada
Il ne fait
pas de doute, écrit l'historien Fernand Ouellet, que, dans sa colonie du Saint-Laurent, la France avait prévu la mise en place
d'une société d'Ancien Régime et qu'elle a utilisé le système seigneurial à cette fin. La stratégie qu'elle suit avec persévérance
dans la distribution gratuite des fiefs vise non seulement à pourvoir le premier des Ordres, le clergé, mais surtout à favoriser
l'enracinement d'une
noblesse forte, capable d'assumer pleinement son rôle militaire, politique et social.
Ainsi, la
politique des responsables des concessions gratuites de seigneuries vise non seulement à pourvoir la noblesse mais, en plus
et en partie, à préparer cet accès de bourgeois à la noblesse. Les octrois de fiefs aux roturiers sinspirent des mêmes critères
que ceux qui procèdent aux anoblissements. Il y a donc interaction entre les administrateurs coloniaux et les candidats au
titre de seigneur.
Le censitaire
recevait du seigneur un lot en concession. Le lot concédé mesurait généralement quatre arpents de front sur le fleuve sur
une quarantaine d'arpents de profondeur. Le censitaire s'engageait à tenir feu
et lieu sur cette terre vivant d'agriculture et de pêche. Ces premiers colons construisent leurs habitations près du fleuve.
De plus, la forêt toute proche leur offre un riche territoire de chasse fournissant un appréciable apport alimentaire.
Le censitaire
devait habiter et exploiter l'espace entre la grève et l'escarpement de la première terrasse. En ce début de colonisation,
le fleuve demeure la voie de communication la plus rapide et accessible; ainsi chaque censitaire bénéficie d'un accès au fleuve.
Le noyau
des premiers villages se fixera en bordure de l'eau et les premiers établissements s'aligneront tout près du fleuve. Progressivement,
les colons s'éloigneront, non pas à cause de la crue des eaux mais parce qu'au fur et à mesure que la terre est défrichée,
les espaces cultivés augmentent et les terres en culture se trouvent de plus en plus éloignées de l'eau. Par conséquent, les
habitations s'établiront non plus à l'extrémité mais plus au centre de leur terre. Ce déplacement tiendrait aussi au fait
que le fleuve ait perdu peu à peu de son importance au cours des années. Les paroisses pourront alors communiquer par des
chemins terrestres et, dès lors, les habitations seront construites le long de ces chemins. Quelques décennies plus tard,
le chemin de fer facilitera les communications.
Il se produit
aussi un phénomène de démographie: la première rangée de concession ou le premier rang devenant rapidement surpeuplé, on ouvre
alors une seconde rangée de concession à l'arrière de la première, puis une troisième, une quatrième et ainsi de suite.
On parle
souvent de banal. Un banal appartient au ban, circonscription du suzerain ou du seigneur. Fours et moulins banaux: les censitaires
de la seigneurie devaient s'en servir en payant une redevance au seigneur.
La féodalité
française, transportée en Amérique avec certaines modifications, survécut à la Conquête. Cette forme de tenure fut confirmée
par l'Acte de Québec en 1774 pour être abolie en 1854.
Ce texte
vient de Itinéraire et découvertes culturelles au Bas Saint-Laurent par Pascal-André
Rheault et Gilles Gaudreau-Centre dédition des Basques, Trois-Pistoles, 1999.
Les seigneuries de Charlevoix
Nos ancêtres
ont vécu plus de 120 ans dans la région de Charlevoix. Cette région comptait plusieurs seigneuries soit celles de Beaupré,
du Gouffre, des Éboulements, de l'Île-aux-Coudres et enfin de La Malbaie qui se sont peuplées au cours des années et
dans lesquelles nos ancêtres et/ou certains membres leurs familles ont vécu.
La seigneurie de Beaupré.
Le
texte qui suit provient de faits mentionnés dans le livre de Paul Médéric : Messieurs du Séminaire.
Limites de la seigneurie et premiers habitants
La seigneurie
de Beaupré fut concédée en 1636 à la Compagnie de Beaupré. Cette seigneurie s'étendait de la rivière Montmorency à celle du
Gouffre; cette dernière sépare Baie-Saint-Paul en 2 parties. Ceci semble être aujourd'hui une aberration mais, dans le temps,
la rivière du Gouffre était une frontière naturelle. Le territoire compris entre la rivière Montmorency et le Cap Tourmente présente des avantages pour un établissement agricole. Quant à l'autre moitié, elle
est toute faite de montagnes et ne promet que des établissements difficiles à part la vallée de la rivière du Gouffre et la
petite prairie à Saint-François-Xavier, communément appelé Petite-Rivière-Saint-François.
Pendant
plus d'un quart de siècle, après 1636, la paix la plus complète continue de régner dans la vallée car les directeurs de la
Compagnie qui ont les droits sur cette seigneurie demeurent à Paris et n'y mettront pas les pieds pour la plupart.
Vers 1657,
il y des initiatives de développement dans le secteur du Cap Tourmente alors que Julien Fortin dit Bellefontaine devint un
sociétaire de la Compagnie et s'établit à cet endroit en cédant sa propriété de Château-Richer.
En 1659,
Monseigneur de Laval arriva à Québec. Il avait hérité d'une partie de la fortune familiale et, après quelques années, il jugera
à propos de pourvoir son oeuvre en terre canadienne. Ainsi en 1662, il achète la part de Julien Fortin et par la suite, au
cours des 5 autres années, il achètera les participations de tous les autres sociétaires pour devenir le seul et unique propriétaire
de la Compagnie de Beaupré qui deviendra alors la seigneurie de Beaupré, administrée par les messieurs du séminaire de Québec.
En 1664,
Jean Serreau sieur de Saint-Aubin tua le présumé amoureux de son épouse, un suisse du nom de Jean Terne. Ce Serreau disparut
et se retrouva en France. On le cherchait partout au Canada pour lui faire subir un procès en bonne et due forme en accord
avec un édit du Conseil Souverain. En France, avec l'intercession d'amis bien plaçés, il raconta son histoire à la cour du
roi Louis XIV en plaidant légitime défense. Il sollicita la grâce royale et il l'obtint.
En 1666,
il revint en Nouvelle-France. Il eut par la suite d'autres démêlées avec le Conseil Souverain. Il disparut par la suite de
la circulation. En 1675, Monseigneur de Laval, à son retour d'un long voyage en France, trouva la famille de Jean Serreau
établie à Baie-Saint-Paul. Plusieurs indices autorisent à croire qu'il s'y est établi clandestinement avant 1670. Il avait
pris possession des meilleures terres de la vallée abusivement concédées sur billet par le Gouverneur Frontenac à Léonard
Pitoin, Pierre Dupré et Bernard Gonthier. En 1672, il avait de plus obtenu un permis d'exploitation de Talon lorsque ce dernier y installa sa Goudronnerie Royale. À l'été de 1676, il fut avisé de lever les pieds
par l'émissaire de Mgr de Laval. Il fut en partie dédommagé pour ses installations. Il retourna ensuite en France avec sa
femme et ses enfants. Le nom de Saint-Aubin n'est pas complètement oublié car
une école de Baie-Saint-Paul porte toujours son nom en ce début de vingt-et-unième siècle.
Deuxième ferme de la seigneurie
En se portant
acquéreur de la ferme de Serreau, Monseigneur de Laval avait alors sa ferme à Baie-Saint-Paul. Il voulut en faire un modèle
de celle de Saint-Joachim. Cette dernière avait aussi une école de métiers pour permettre aux jeunes hommes d'apprendre divers
métiers requis à cette époque. Il attire des colons sur des terres qu'il cède en métairie i. e. le colon s'engage à cultiver
la terre avec la condition d'en partager les fruits et récoltes avec le propriétaire. Il liquide aussi les biens de la goudronnerie
et indemnise les artisans. Il concède des terres sur la côte de Saint-François-Xavier (Petite-Rivière-Saint-François) à Claude
Bouchard qui sengage à travailler sur la ferme de Baie-Saint-Paul. En 1678, Noël Simard dit Lombrette s'installe à Baie-Saint-Paul
suivi de Pierre Tremblay en 1679. Les Messieurs du Séminaire ont adopté pour politique de garder pour eux les terres de la
Baie aussi longtemps que possible. Cette pratique ne fut pas un succès car le Séminaire réalisera tôt qu'il ne rencontre pas
ses frais d'exploitation. Le moulin à scie fut un plus grand succès et, de 1690 à 1700, Baie-Saint-Paul devint un vaste chantier
de coupe de bois.
Petite-Rivière-Saint-François
est un des premiers lieux d'habitation de Charlevoix. Il fut nommé ainsi par Champlain lors de son voyage de1603. Le deuxième
colon à s'y établir fut René De Lavoye(Lavoie) en 1677. Il fut suivi par Jacque Fortin en 1678, Prisque Simard en 1680 et
Pierre Tremblay en 1685, ce dernier en provenance de Baie-Saint-Paul. La première église fut construite en 1738. Elle fut
démolie et remplacée en 1903.
Baie-Saint-Paul
faisait partie de deux seigneuries. La plus grande partie était dans la seigneurie de Beaupré et la seconde couvrait entièrement
la petite seigneurie du Gouffre concédée à Pierre Dupré en 1682. La seigneurie des Éboulements
est cédée aux frères Lessard en 1683. Celle de l'Île-aux-Coudres a un statut spécial tout en relevant de celle des
Éboulements.
La Seigneurie du Gouffre
Le
texte suivant provient d'information tirée du volume de Paul Médéric Les seigneurs
du Gouffre.
Cette petite
seigneurie était enclavée entre la seigneurie de Beaupré limitée par la rivière du Gouffre et celle des Éboulements. Ses quatre
lieues de profondeur la font s'étendre le long de la rivière du Gouffre tandis que la demi-lieue de front sur le fleuve jointe
aux dix arpents de Mgr de Laval s'élargit en descendant vers le Cap-aux-Oies selon l'expression même de l'acte de concession.
Le seigneur Dupré
Le futur
seigneur Pierre Dupré est familier avec le territoire de la nouvelle seigneurie. Il a parcouru ses terres de long en large
avec les ouvriers de la goudronnerie, les prospecteurs et les traitants de fourrure.
En plus de travailler à la Goudronnerie, il avait défriché des terres que lui avait concédées illégalement le gouverneur Frontenac.
Ces terres furent éventuellement reprises par Mgr de Laval car elles faisaient partie de la seigneurie de Beaupré. Finalement,
le gouverneur Lefebvre de la Barre, sur l'insistance de Dupré, lui remit les titres de propriété de la seigneurie du Gouffre
que Frontenac lui avait promis pour le compenser de la perte de la terre lorsqu'il
fut évincé par Mgr de Laval. Il faut ajouter ici que les 2 anciens partenaires de Dupré à la Goudronnerie n'étaient plus dans
le paysage. Pitoin est retourné en France et Gonthier s'est installé à Québec.
En avril1680,
Pierre Dupré, colon célibataire de 36 ans, maria à Sainte-Anne la veuve Catherine Caron, âgée de 31 ans, et mère de cinq filles.
La nouvelle famille Dupré s'installa immédiatement à Baie Saint-Paul et Dupré a été ainsi forcé de défricher une nouvelle
terre. L'arrivée du seigneur du Gouffre signifiait aussi que la Baie-Saint-Paul était ouverte à la colonisation.
Leur fille aînée Barbe, âgée de 15 ans, s'est mariée en novembre de la même année avec Ignace Gagné, âgé de 24 ans.
Ce dernier était alors un colon de la Seigneurie de Beaupré. Les témoins de ce mariage étaient Noël Simard dit Lombrette,
Pierre Tremblay et Jacques Cauchon, tous des employés des fermes de Mgr de Laval. Le nouveau milieu de vie commence à s'intégrer
entre les différentes familles. Pierre Dupré mourut subitement en 1722. Son épouse mourut 3 ans plus tard.
Les seigneurs Simard et Gagné
La succession du couple Caron-Dupré ne fut finalement réglée qu'en octobre 1738 par suite de nombreuses complications.
Jacques Gagné, un parent, avait administré la seigneurie en son nom et en celui des autres héritiers. La seigneurie devint
alors la propriété de 2 seigneurs: Noël Simard, âgé de 40 ans, et Ignace Gagné, âgé de 45 ans, qui ont réglé les héritiers
à la satisfaction du tribunal. Le grand perdant fut l'administrateur intérimaire Jacques Gagné. Noël Simard mourut en 1758
suivi d'Ignace Gagné le printemps suivant. Noël Simard eut successivement trois épouses: Catherine Fortin, Marguerite Cauchon
et Véronique Thibaut. Ignace Gagné était marié à Angélique Dufour. Les co-seigneurs pouvaient s'appuyer en toute confiance
sur des héritiers et successeurs adultes, mariés et entreprenants.
Cest ainsi que Jacques Simard, marié à Cécile Gauthier dit Larouche, et Ignace Gagné, marié à Agathe Perron et en
secondes noces à Geneviève Lavoie, deviennent co-seigneurs. Il faut ajouter que dans la famille des Gagné, les Ignace se succèdent de génération en génération. En Nouvelle-France, les anoblissements furent rares
et il est difficile d'en contrôler l'origine et toute l'histoire. Toujours est-il que Jacques Simard est reconnu comme le
Comte de Rat-Musqué le 15 octobre 1764 lors d'un grand mariage. En effet, ce jour-là, Marie-Dorothée-Luce-Renée Simard, demie-soeur
du seigneur du Gouffre, parce qu'elle est la fille de son père Noël Simard et Marguerite Cauchon, maria Prisque Potvin, le fils aîné de Michel Potvin et
Félicité Tremblay.
Le seigneur Drapeau
En 1790, Joseph Drapeau fit l'acquisition de la seigneurie de Jacques Simard et Joseph Gagné qui l'avaient héritée
de leur père. Les 2 héritiers étaient venus à la conclusion que leur fief était trop exigu et ne pourrait jamais enrichir
ses détenteurs. Ils devront rester cultivateurs tout comme leurs censitaires.
Simard aurait entrepris les négociations avec Drapeau puisque son père venait de mourir en laissant quatre enfants d'un premier lit dont deux sont encore mineurs, deux autre mineurs du second lit, dont il
est lui-même tuteur, et une belle-mère qui ne tient pas à demeurer à la tête d'une telle maisonnée. De plus, il a lui-même
un projet de mariage. Dans les actes notariés, on note que Simard avait construit un moulin banal à farine et même un moulin
à planches. Il s'agissait cependant de bâtiments rudimentaires aménagés sur le
ruisseau du Rat-Musqué.
Simard régla en acceptant de l'argent qu'il avait grandement besoin pour finalement régler les affaires en suspens
dans sa famille: en particulier la liquidation des communautés de bien avec la première épouse de son père ainsi qu'avec la
seconde toujours vivante en plus du veuf de sa soeur qui avait droit au quart du partage. De son côté, les Gagné acceptèrent
une terre de quelque 10 arpents sur 42 de profondeur dans la seigneurie de La Molaie, appartenant à Drapeau et située à la
Pointe-aux-Pères sur la rive-sud du Saint-Laurent.
Agrandissement de la seigneurie
Drapeau voulut rapidement agrandir sa nouvelle seigneurie. Il acheta finalement une partie de celle des Éboulements
du seigneur Jean-François Tremblay avec qui il était déjà en affaires. La partie achetée correspond aujourd'hui aux rangs
actuels de Sainte-Croix, Saint-Ours, Sainte-Catherine et Misère. Il érigea un moulin banal aux abords du ruisseau Michel Bouchard,
au pied des côtes de Sainte-Croix. Le bâtiment fut construit par Jean-François Tremblay. À mesure que des routes pouvaient
y donner accès, les rangs nommés les Hauts soit ceux de Saint-Ours, Sainte-Croix, Sainte-Marie, Saint-Georges, Sainte-Catherine ( Tourlognon) et
Raccourcy se peuplèrent. Sans que l'on sache pourquoi, la seigneurie fut appelée la seigneurie de l'Aiguille.
Après le décès de Drapeau en 1810, sa veuve continuera d'agrandir cet
immense domaine de la même façon. Pendant 150 ans, les habitants de toutes ces terres vont acquitter leurs cens et rentes
seigneuriales aux héritières Drapeau sans qu'elles, moins encore que leur père, n'y mettent jamais les pieds.
Fin du régime seigneurial
En 1850, le temps était venu de se débarrasser d'un régime devenu désuet. En 1854, on demanda à tous les détenteurs
de seigneuries de faire dresser le cadastre de leurs terres par un arpenteur-géomètre et de le produire au gouvernement avec
une évaluation adéquate.
En 1859, le système seigneurial fut aboli pour être remplacé par le système municipal actuellement en vigueur.
La première étape de mise en place du nouveau système fut de suspendre tous les droits lucratifs en supprimant toutes
les rentes foncières et de banalité. En échange, le gouvernement versa aux seigneurs des dédommagements variant entre 5 et
12% de la valeur foncière. Finalement avec la loi de 1861, les concessionnaires de la seigneurie du Gouffre devenaient en
pratique les propriétaires de leurs terres en les rachetant. Lorsqu'ils les avaient rachetées, ils n'avaient pas de pourcentage
à verser au seigneur et n'étaient plus tenus de faire moudre au moulin banal de la seigneurie. Ceux qui n'avaient pas racheté
leur terre continuaient à payer le cens et les rentes seigneuriales annuelles aux héritières Drapeau. Ce dernier reliquat
du régime seigneurial fut racheté par le gouvernement en 1941.
La seigneurie des Éboulements
Le texte suivant est préparé à partir de renseignements tirés du livre de Jean-Paul-Médéric Tremblay
Être seigneur aux Éboulements.
Cette seigneurie fut concédée en premier à Jean Bourdon en 1653 et le sieur Gautier de la Comporté prit la relève
en 1672. Ces deux seigneurs ne firent rien pour assurer son développement.
Étienne Lessard est établi sur la côte de Beaupré depuis un demi-siècle lorsqu'il obtient du gouverneur la concession
en seigneurie de l'Île-aux-Coudres en 1677. Dans ce temps-là, il y avait un délai d'un an pour enregistrer auprès du roi la
confirmation de son titre. Il ne le fit cependant jamais.
Puisque son fils aîné prendrait sa relève, il voulait établir les deux autres garçons qui suivaient de près, Pierre
et Charles. Pour lui, la seigneurie des Éboulements était un bon endroit. Ainsi, en 1683, ces 2 frères se sont fait octroyer
la seigneurie des Éboulements par le gouverneur et l'intendant du temps.
Charles Lessard se maria en 1684 avec Anne Caron, fille de Robert. Charles acheta une ferme, peu de temps avant son
mariage, non loin de la maison de son futur beau-père. Il éleva sa famille à cet endroit et le couple eut 12 filles et 2 garçons.
Son frère Pierre ne se maria quen 1690 en épousant Barbe Fortin dit Bellefontaine, fille de Julien. Il semblerait
que ce couple se soit établi de l'autre côté du fleuve dans l'Islet. Entre-temps, Étienne Lessard avait revendu sa concession
de l'Île-aux-Coudres en 1687.
Les frères Lessard ne firent rien à leur seigneurie de 1683 à 1710. Elle fut finalement rétrocédée en 1710 lorsque
Pierre Tremblay s'en porta acquéreur.
L'arrivée du seigneur Pierre Tremblay
Pierre Tremblay, alors âgé de 50 ans, habitait la
Petite-Rivière-Sainte-François depuis déjà 25 ans. Il était marié en secondes noces en 1685 à Marie-Madeleine Roussin. Elle
lui a donné 7 garçons et 6 filles. Un garçon était né du premier mariage et avait coûté la vie à sa mère. Marie-Madeleine
Roussin était la fille de Marie-Madeleine Tremblay, la soeur de Pierre, et Nicholas Roussin. Ainsi ce dernier qui était le
beau-frère de Pierre Tremblay devint aussi son beau-père. Lors de son mariage, Marie-Madeleine Roussin n'avait que 16 ans.
Elle a joué un rôle capital dans ce ménage de pionniers. Pierre Tremblay et son épouse continuèrent à vivre à la Petite-Riviere-Saint-François
mais ils établirent leurs fils et gendres dans leur seigneurie aux Éboulements. C'est aussi pour cette raison que plusieurs
l'ont souvent nommé la seigneurie des Tremblay. Pierre mourut en 1736.
Après le décès de Pierre Tremblay
La veuve de Pierre, Marie-Madeleine Roussin alors âgée de 67 ans, se montre plus résolue que jamais à assumer les
charges de chef de famille et pendant 15 ans elle aura la gouverne de la seigneurie. Par hérédité, son fils Étienne Tremblay
devint le deuxième seigneur de la seigneurie des Éboulements même s'il laisse sa mère l'administrer. Il faut aussi ajouter
que cette seigneurie avait été acquise avec l'argent de l'héritage de Marie-Madeleine. La seigneurie était donc la sienne
plus que celle de son époux. Elle décéda aux Éboulements dans la maison domaniale en 1752 à l' âge de 83 ans.
Étienne est devenu activement le deuxième seigneur en 1754 et n'a pas
vécu une existence facile à cause de la situation délicate où il se trouvait vis-à-vis ses soeurs et frères principalement
causée par la présence régulière de sa mère au cours des quinze années précédentes. Le règlement de la succession n'est pas
parvenu à faire taire toutes les insatisfactions. Il a été obligé de se défendre devant la haute instance du gouverneur Murray
en 1763 puisque des fils de ses frères Nicolas, Jean et Louis entreprirent des procédures judiciaires. En 1765, un jugement
de cour est rendu en sa faveur. Une nouvelle contestation de la part des neveux survint par après. Le litige n'était pas réglé
à son décès en septembre 1767 à l'âge de 77 ans. Il semble cependant que les disputes ont cessé avec son décès.
Fin des seigneurs Tremblay
Le deuxième fils d'Étienne père, Jean-François, devient le troisième seigneur même s'il est le cadet de son frère Étienne. La coutume du temps était que le fils aîné succédait au père à son décès. On ne connaît pas la raison mais il semble
que le tout s'est fait à lamiable entre soeurs et frères. Ce seigneur apparaît comme un témoin de premier ordre des évènements
de sa période. Il occupe le premier rang de la petite société qui se développe aux Éboulements comme seigneur et surtout parce
qu'il s'est trouvé comme agent principal au centre d'activités décisives comme la construction de moulins, églises, routes, maisons sans parler de la distribution
des lots de terre aux habitants. Cet homme a eu aussi une longévité exceptionnelle pour son époque en mourant à l'âge de 98
ans.
Étienne fils aurait vaqué aux affaires de sa seigneurie jusquà l'âge de 76, soit en 1806. Son fils Louis aurait alors
pris une part plus active en signant des concessions à des Tremblay de la parenté.
Vente de la seigneurie par les Tremblay
Finalement au début de 1810, la seigneurie est vendue à un médecin de Québec du nom de Pierre
de Sales Laterrière, au seuil de la retraite. Il est marié à Marie-Christine Delzenne. Il est le père de deux fils, eux aussi
médecins, Pierre-Jean et Marc-Pascal, et d'une fille de 30 ans, Dorothée-Élizabeth. Cette dernière vit toujours avec ses parents
et administre un magasin, propriété de son père. Le nouveau seigneur avait été présenté au seigneur Tremblay par le curé des
Éboulements, Jean-Baptiste-Antoine Marcheteau.
Pierre de Sales Laterrière était arrivé à Québec
à l'âge de 20 ans. Il était le fils cadet de famille noble et a obtenu un certificat de la célèbre université Harvard de Boston l'autorisant à pratiquer la médecine.
Il est un des premiers licenciés de cette université. Il aurait aussi écrit ses Mémoires.
Tout en habitant la ville de Québec, il faisait des séjours plus ou moins longs
dans sa seigneurie.
Décès du seigneur de Sales Laterrière
Une partie de l'héritage de Pierre de Sales Laterrière était toujours en France. En novembre 1814, il confia à son fils aîné, Pierre-Jean, la mission d'aller quérir
ce patrimoine en France. Pendant son séjour en France, Pierre-Jean apprit la nouvelle du décès de son père le 19 juin 1815.
Dans une lettre du 28 juillet à sa famille, il fait l'annonce de son mariage le 8 août avec Mary-Ann Bulmer, une riche héritière
britannique. Il revint au pays avec sa nouvelle épouse au printemps de 1816.
Marc-Pascal de Sales Laterrière est le nouveau seigneur
Vu la fortune personnelle de son épouse et avec l'assentiment de cette dernière, il céda ses droits sur la seigneurie
à son frère, Marc-Pascal, pour aussi assurer à sa mère et à sa soeur la sécurité qu'elles avaient besoin en leur garantissant
des rentes viagères. Marc-Pascal devint alors le nouveau seigneur des Éboulements. Pierre-Jean retourna en Angleterre en 1823
pour s'occuper de la grande fortune que son épouse héritait à la suite de la mort de son père.
Marc-Pascal commence une longue carrière en politique lorsqu'il fut élu comme député du grand comté de Northumberland
à l'Assemblée de Québec. Il partage son temps entre Québec et son manoir aux Éboulements cumulant avec ses activités médicales
et ses fonctions de député les aménagements paysagers de son domaine. Sa mère et sa soeur assumèrent longtemps les fonctions
d'hôtesses et maîtresses des céans car il était toujours célibataire à 33 ans.
Cependant en 1825, il se présente aux fonts baptismaux à l'église des Éboulements avec un nouveau-né qu'on déclare
né de parents inconnus mais qu'on inscrit sous le nom de François-Xavier Laterrière. On a appris par la suite que cet enfant
avait été conçu par le bon médecin et la bonne de la maison qui se nommait Salomé Janot. Elle fut au service de la famille
pendant plus de soixante ans.
François-Xavier fut élevé au manoir par sa mère. Il devint médecin comme son père Marc-Pascal et son grand-père (bon
sang ne saurait mentir). Il se retrouva à Chicoutimi avec l'aide de son père mais demeura surtout à La Malbaie. Il a marié
Mary Ann Slevin et le couple eut 8 filles et deux garçons. Il pratiqua la médecine dans tout le Saguenay et sur la Côte Nord.
Pierre-Jean qui avait décidé de s'installer en permanence dans la seigneurie décéda aux Éboulements en décembre 1834
peu de temps après son retour d'Angleterre.
Le seigneur se marie enfin
Le seigneur prit finalement épouse à lâge de 43 ans. En effet, le 23 juin 1835, il lia sa destinée à Eulalie-Antoinette
Dénéchaud, dans la vingtaine, une des filles d'un vieil ami, Claude Dénéchaud, seigneur de Berthier et administrateur de la
seigneurie de Bellechasse avec les religieuses de l'hôpital général de Québec. Le couple eut 5 enfants.
Il quitta la politique en 1864 alors qu'il avait 72 ans. On rapporte que le le père docteur, comme les gens appelaient
le vieux médecin, répondait encore aux appels des malades, même durant la nuit. Il
mourut en mars 1872. Son dernier fils, Charles-Edmond, le cinquième médecin
de la ligne, fut désigné par son père comme premier héritier et futur maître du domaine seigneurial. L'épouse de Marc-Pascal
mourut à lâge de 88 ans.
Parallèle entre le Tremblay et les de Sales Laterrière
En terminant, l'auteur fait ressortir un rapide parallèle. La famille Tremblay s'est hissée par le seul élan de sa
vigueur et sans aucune tradition ancestrale sur le palier des seigneurs de la Nouvelle-France. Au bout d'un siècle, en se
retirant, elle n'a gardé aucun vestige ou signe de son expérience seigneuriale,
au point que ses descendants ont tout à apprendre à la lecture de la présente monographie. De l'autre côté, la famille Laterrière,
comme on a pu le constater, détenait déjà, en arrivant aux Éboulements, un patrimoine bien défini par son homme-souche dans
des Mémoires qu'il a pris soin de léguer à ses héritiers en même temps que la seigneurie elle-même.
Seigneuries de La Malbaie
Lent
début
À deux reprises, La Malbaie fut concédée en seigneurie au début de la colonie. Une première fois en 1653 à Jean Bourdon
et une autre fois en 1672 à Philippe Gaultier de la Comporté. Les deux n'y ont jamais mis les pieds et rien n'a été fait pour
y établir des colons. En 1687, le Sieur de Comporté vendit les deux tiers à François Hazeur, Pierre Soumande et Louis Marchand.
De plus, Gaultier de Comporté meurt avant même d'avoir finalisé les clauses de la nouvelle société alors que Louis Marchand
s'est lui-même désisté. Finalement, François Hazaur achète le tiers de la seigneurie qui appartenait à Gaultier de Comporté.
Hazeur devient actionnaire majoritaire.
La nouvelle société construit un moulin à scie à La Malbaie en 1688.
Le projet est cependant peu rentable et ne trouve pas preneur à cause de la faible qualité du bois. Soumande meurt en 1700
et François Hazeur devient propriétaire unique même si sa situation financière n'est pas bonne. Il meurt en 1708. Ses fils héritiers, les chanoines Pierre et Thierry, s'en
occupent très peu et vendent finalement au Domaine du roi en octobre 1724. La
Malbaie redevint alors un poste de traite. Deux fermes furent aussi établies pour nourrir les gens qui y demeuraient. Lune
de ces fermes était située sur les bords de la rivière Mailloux (ferme La Malbaie)
tandis que l'autre (ferme de Comporté) était au nord-est de le rivière Malbaie .L'on sait seulement que, de 1750 à 1759, un
certain Joseph Dufour tenait la ferme de La Malbaie et supervisait celle de la Comporté selon les écrits du père Coquart mentionnés
dans le livre de Jean-Paul-Médéric Tremblay Tout un été de guerre.
Mais le guerre de 1759 détruira tout à LaMalbaie et tous les efforts mis dans l'organisation de ces fermes seront
anéantis.
Nouveau départ sous le régime anglais
À la suite de la conquête anglaise, le Gouverneur concède deux seigneuries à deux officiers écossais.
La seigneurie Mount Murray est concédée à Malcolm Fraser et est située sur la rive gauche de la rivière Malbaie. Elle
s'étend du Cap-à-l'Aigle jusquà Saint-Siméon. La seigneurie Murray Bay est concédée à John Nairne; elle joint les limites
de celle des Éboulements et la rive droite de la rivière Malbaie.
Le seigneur Fraser fut surnommé le seigneur absent car il s'était fait donner un autre domaine dans le secteur de
Rivière-du-Loup. Il partageait son temps entre les deux rives du fleuve. Il séjournait beaucoup plus à Québec car il y avait
élu domicile après avoir épousé Marie Allaire. Il mourut en 1815 à un âge avancé.
John Nairne montra un plus grand souci d'implanter autour de lui une colonie écossaise. Il attira les censitaires
portant les noms toujours bien connus tels que Warren, Blackburn et McNicholl. Il avait marié Christine Emmery et eurent 4
enfants: un fils et trois filles. Il mourut en 1802. Sa succession ne fut réglée qu'en 1833.
Avec les années, la seigneurie Murray Bay se développa beaucoup plus; plusieurs filles et fils des habitants des seigneuries de Beaupré et du Gouffre
vinrent s'y établir.
Autres faits, dignes de mention
Vers 1800, la vallée de Baie-Saint-Paul, tout comme celle de La Malbaie, ne suffit plus pour sa population qui vit
à l'étroit. De nouveaux villages sont ouverts: Saint-Fidèle en 1800, Saint-Siméon en 1818, Saint-Urbain et Sainte-Agnès en
1830 et finalement Saint-Irénée en 1840.
Très tôt,
la pêche à l'anguille était une activité saisonnière pratiquée dans la majorité des villages côtiers de Charlevoix. Une coopérative
de pêcheurs d'anguille a même été formée dès 1721 à Petite-Rivière Saint-François. Ce fut probablement la première coopérative
de la Nouvelle-France.
Quelques dates historiques
1708: Décès de monseigneur de Laval à Québec.
1710: Port-Royal
passe aux mains des Anglais.
1715: Population
de la Nouvelle-France: 18500.
1754: Population
de la Nouvelle-France: 85000.
1759: Défaite
de Montcalm sur les Plaines dAbraham.
1764: Publication
de La Gazette de Québec, journal bilingue.
1771: Reconnaissance
officielle du régime seigneurial.
1774: Signature
de l'Acte de Québec.
1791: Naissance
du Haut-Canada et du Bas-Canada.
1792: Premières
élections au Québec.
1817: Fondation
de la Banque de Montréal.
1820: Population
du Bas-Canada: 420000. Haut-Canada: 125000.
1829: Fondation
de l'Université McGill à Montréal.
1833: Montréal
élit son premier maire: Jacques Viger.
1837-38:
Les Patriotes sont à l'oeuvre.
1840: Population
du Bas-Canada :650000. Haut-Canada: 450000. Sanction de l'Acte dUnion.
1851: Québec
devient le siège du gouvernement
1852: Création
de l'université Laval à Québec.
1859: Abolition
officielle du régime seigneurial.
1867: Sanction
royale et décret de l'Acte de lAmérique du Nord Britannique.
__________________________