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l'Histoire des Potvin, suite

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Vers le Lac-St-Jean. . .
 
Le Lac Saint-Jean fut découvert par le père jésuite Jean Dequen en juillet 1647.

En effet, ce père Jésuite accompagné de quelques Montagnais quitta Tadoussac le 11 juillet  1647 dans un canot d'écorce. Il était le premier blanc qui s'aventurait à remonter tout le Saguenay. Il franchit les sept portages de la rivière Chicoutimi, navigua sur le Lac Kénogami, puis descendit la petite rivière des Aulnaies et la Belle-Rivière pour enfin apercevoir le lac Saint-Jean le 16 juillet (près de Saint-Gédéon). Les Montagnais lui dirent que cétait le lac Piekouagami, mot montagnais qui signifie lac plat, peu profond. Le père Dequen lui donna le nom de Saint-Jean. (pages 84 et 85)

En 1676, le poste de Métabetchouan fut apparemment établi à l'endroit où la rivière Métabetchouan se jette dans le lac Saint-Jean (Desbiens). Ce poste de traite des fourrures ne tarda pas à devenir l'un des plus importants d'un réseau de plusieurs postes. Les Montagnais échangeaient leurs plus riches pelleteries contre des armes, des outils, de la nourriture et de l'alcool. Les pelleteries échangées étaient principalement des peaux de castor. Mais il y avait aussi des peaux de vison, loutre, martre, rat-musqué, orignal, ours et autres. (Page 151)

Le pin du Canada était recherché pour les bordages et surtout les mâts de navire. Les forêts du Saguenay, qui n'avaient jamais été entamées, étaient riches en beau pin. Dès 1686, on envisageait de faire l'exploitation de cette ressource. Avec l'arrivée des blancs, cette vaste région connut cependant un nombre croissant de feux de forêt. (Pages 192-193)

Pendant des dizaines d'années, le commerce de la fourrure fut la principale activité et de nombreuses compagnies furent responsables de ce commerce. En 1788, la Compagnie du Nord-Ouest, la grande rivale de la Compagnie de la Baie d'Hudson, prit le contrôle absolu du commerce jusqu'en 1821. Elle fusionna alors avec cette dernière. De 1822 à 1831, les droits vendus aux enchères appartenaient à des compagnies différentes qui furent éventuellement achetées par la Compagnie de la Baie dHudson en 1831. Cette dernière demeura active dans ce commerce jusqu'au début des années 1970 alors qu'elle cessa toutes ses activités de fourrure. Mais la traite diminua peu à peu à compter de 1840 avec les progrès de la colonisation au Saguenay et au Lac-Saint-Jean. (Pages 215 à 217)

Vers la colonisation

Jusquen 1838, malgré ses vastes étendues de terre arable, la région du Saguenay était restée entièrement fermée à la colonisation. Les causes de ce retard sont multiples mais on peut les rattacher à deux principales: l'insouciance des gouvernants et l'isolement particulier de cette région.

Les campagnes gardaient plus de 90 pour cent de la population totale de la province. Les paroisses de Charlevoix, où le sol arable est limité par la mer et la montagne, souffraient plus que beaucoup d'autres du besoin de nouvelles terres. Elles furent les premières à jeter les yeux sur le Saguenay, dont le mystère était un peu éclairci pour elles par les révélations de plusieurs de leurs gens engagés dans le commerce des fourrures. (Pages 225 à 227)

En 1828, le pouvoir politique nomma deux commissaires qui organisèrent un groupe de recherches pour préparer un plan d'exploration. Les arpenteurs nommés par le pouvoir politique soumirent des rapports très précis et détaillés. Ils reconnaissent unanimement l'existence de grandes étendues d'excellente terre dans les régions de Chicoutimi et du Lac-Saint-Jean et un climat tout à fait favorable à l'agriculture. (Pages 228-229)

En 1829, des citoyens de La Malbaie présentèrent  une pétition au Gouverneur du Canada  pour le supplier d'ouvrir le Saguenay à la colonisation. Ceci ne fut accordé qu'en 1837 à la Société des Vingt-et-Un. Cette société négocia avec le gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson afin de se faire transférer la licence de cette dernière de couper du bois sur le Domaine du Roi.

Les 21 actionnaires officiels de cette société étaient: Alexis Tremblay, Alexis Simard, Louis Tremblay, Georges Tremblay, Jérôme Tremblay, Thomas Simard, Ignace Couturier, Joseph Lapointe, Benjamin Gaudreault, Joseph Harvey, Louis Desgagnés, Louis Villeneuve, Ignace Murray, David Blackburn, François Maltais, Michel Gagné, Basile Villeneuve, Pierre Boudreau, Jean Harvey, Joseph Tremblay et Louis Boulianne. Le chef de cette société était Louis Tremblay. Les Vingt-et-Un ne devaient pas tous s'établir dans le Saguenay ni même se donner avec une égale activité à l'entreprise. Le rôle personnel de quelques-uns se limita à la contribution financière. C'est cependant leur initiative qui eut pour effet d'ouvrir le Saguenay à la colonisation. (Pages 235 à 236)

Les premiers colons arrivèrent le 11 juin 1838 et établirent une première colonie à Grande-Baie.

François Maltais a épousé en secondes noces Domitille Potvin à La Malbaie le 22 février 1830. Domitille était la fille de notre ancêtre Janvier Potvin.

La colonisation du Saguenay...

En 1839, Michel Simard, frère de Thomas et Alexis Simard de la Société des Vingt-et-Un, s'établit comme colon agriculteur à l'Anse au Foin (Saint-Fulgence) , sur les bords de la rivière qui se jette dans le Saguenay. Il y amena  ensuite plusieurs jeunes qu'il protégea et aida à s'établir. La colonisation y progressa lentement et, en 1851, il n'y avait que 14 familles (85 âmes). La plupart venaient de Baie-Saint-Paul et de la Petite-Rivière-Saint-François.

Les premiers colons furent: Léon, Joseph et Louison Savard, François Morin, Toussaint Bouchard, Julien, Lucien et Justinien Bouchard, Zacharie Bouchard, Luc et Edmond Lemieux, Prudent Potvin (tous apparentés), Frédéric Duchesne, Marcel Tremblay et Jacques Bolduc. Toussaint Bouchard fut longtemps le meunier de la rive nord du Saguenay. Prudent Potvin fut durant quelques années instituteur puis maître de poste pendant plus de 30 ans. (Pages 242, 306-308)

Prudent Potvin est le fils de Louis. Ce dernier était le fils de Joseph, le frère de notre ancêtre Prisque. (voir tableau de la 3 ième génération)

Vers 1855, des colons s'établirent à Saint-Cyriac près de de la rivière Cascouïa, sur la rive nord du lac Kénogami. Parmi eux, on retrouve Cléophe Potvin qui est apparemment mort centenaire. Ce Cléophe Potvin s'est marié à la Grande-Baie le 9 juillet 1855 à Félicité Fortin, fille de Damase et Julienne Boulianne. Les parents de Cléophe sont Pierre et Euphrosine Boily mariés à Baie-Saint-Paul le 29 août 1809. Pierre est le fils de Joseph et Rose Gagnon. (voir tableau de la 3ième génération)

Dans leur voisinage, Jean Deschênes ouvrit une hôtellerie pour les voyageurs. Sa maison et son petit comptoir furent pendant longtemps le relais quasi obligatoire de tous ceux qui passaient par le chemin impraticable qui longeait le lac Kénogami. Avec le temps, on y construisit une chapelle et on la nomma en l'honneur d'un vieil autochtone montagnais, soit Saint-Cyriac. (Pages 335-336)

La colonisation au Lac Saint-Jean et fondation de Héberville

Les défrichements commencèrent au Lac-Saint-Jean en 1849. Cest la paroisse de Notre-Dame-d'Hébertville qui devint la première paroisse établie. Le pionnier fut Joseph Morel. À cette époque, il n'y avait pas encore de route et le transport de Chicoutimi se faisait par rivière à partir de Portage-des-Roches, près de Chicoutimi. La distribution finale des terres se fit en 1854. Les premiers colons étaient: Calixte Hébert, Bénoni Voisine, Louis Deschênes (premier marchand), Louis Lévêque, Moïse Hudon dit Beaulieu, Michel Paradis, Frédéric Bolduc, Jean Paradis, Antoine Tremblay, Antoine Laprise, Pierre Guimond et Joseph Fredette. En 1866, la population était de 1395 âmes. Elle eut une école modèle en 1868. Héberville était alors la capitale du haut Saguenay. On voit se développer l'exploitation du bois et se former des établissements de colonisation particulièrement vers Roberval, autour du Poste de Métabetchouan (Desbiens), Saint-Jérôme, Saint-Gédéon, aux environs de la décharge du lac (Alma), et un peu plus tard Saint-Prime et à Saint-Félicien. (Pages 341-350)

Pour les fêtes du cent cinquantième anniversaire de cette municipalité en 1999, Dany Côté a  écrit l'histoire d'Hébertville. Ce livre nous apporte des faits intéressants que je désire vous présenter. (Pages 31-110)

Le curé Nicolas-Tolentin Hébert en est le fondateur avec ses colons de lAssociation des comtés de l'Islet et de Kamouraska. Mais avant son arrivée, le territoire de Hébertville a servi de lien entre le Saguenay et le Lac Saint-Jean. Dès l'époque pré-historique, la route traditionnelle qui servait à passer entre ces 2 régions empruntait la rivière à Chicoutimi, les lacs Kénogami et Kénogamichiche, la rivière des Aulnaies et la Belle-Rivière. Il était en effet pratiquement impossible pour les amérindiens d'emprunter la Grande Décharge ou la Petite Décharge puis le haut de la rivière Saguenay à cause de leurs rapides violents, leurs chutes dangereuses et portages difficiles tout au long de leur parcours. Les autochtones préféraient utiliser la route traditionnelle via la Belle-Rivière, en canot ou à pied, une voie plus lente mais moins pénible.

Les premières améliorations du système routier furent un pont flottant sur le lac Kénogamichiche et le bac pour traverser la Belle-Rivière. Cest ainsi que Hébertville devint le pôle important vers les autres secteurs du lac Saint-Jean. En 1877, une route permet de traverser le parc des Laurentides en rejoignant celle venant de Chicoutimi. La municipalité est responsable de l'entretien de cet embranchement. On y retrouve aussi des camps et écuries pour abriter voyageurs et chevaux. Le chemin de fer fit son apparition en 1888 et se rendra jusquà Chicoutimi en 1893.

En plus des premiers habitants mentionnés précédemment, monsieur Côté ajoute les noms des célibataires suivants: F. et J. Rossignol, Augustin Richard, L. Lavoie, Henri et Johnny Hudon dit Beaulieu, P. Beaulieu, Joseph Lemay et Paschal Vaillancourt.

Les chantiers au Lac Saint-Jean

Commencée dans le voisinage des Décharges à l'automne de 1851 par les équipes de Peter McLeod, l'exploitation du bois au Lac-Saint-Jean fut continuée par William Price et ses associés. Des chantiers furent ouverts successivement sur les rivières du côté sud et du côté est du lac, puis sur les autres. On n'extrayait que le pin sans défaut, avec une certaine proportion d'épinette de choix. Les billots, dravés jusqu'au lac par les cours d'eau, étaient amenés aux Décharges par où ils descendaient aux scieries de Chicoutimi. Mais il s'en égarait beaucoup dans les canaux secondaires et les baies. Il s'en brisait ou perdait une grande quantité dans la série des cascades et rochers où la drave était incontrôlable.

Dans ces conditions ruineuses, l'exploitation du bois au Lac-Saint-Jean était presque impraticable. Pour régler le problème, on ferma la Grande-Décharge par une longue estacade flottante. On obstrua aussi par des barrages les canaux secondaires de la Petite-Décharge. Pour assurer le passage des billots dans la partie non-flottable de la rivière, on construisit une glissoire -La Dalle- longue de près de 1. 5 kilomètres. Ces ouvrages commencés en 1856 furent complétés en 1860. (Pages 351-353) Les plus vieux parmi nous se rappèlent sans doute que nos pères nommaient à loccasion Alma la slaille, une déformation du mot dalle en anglais slide.

Le grand feu de 1870

Le printemps de 1870 avait été particulièrement hâtif et sec. D'après la tradition, du mois de février au mois de mai, il n'avait plu que deux fois. La température étant favorable, les colons avaient pu faire leurs semailles dès le début de mai.

De bonne heure le matin du jeudi 19 mai, on vit s'élever une fumée épaisse dans le nord du lac Saint-Jean. Un feu d'abatis sur la terre des Savard à Saint-Félicien, soulevé par le vent, se communiqua bientôt aux grands arbres. Vers onze heures de l'avant-midi, toute la région nordique du lac était en flammes. Très rapidement tout le territoire de Saint-Félicien à la Grande-Baie n'était qu'un immense brasier.

Pour survivre pendant l'incendie, les gens n'avaient souvent pas d'autre choix que de demeurer dans les eaux froides des lacs et rivières tout en s'aspergeant pour éviter que le feu prenne à leurs cheveux. Après le feu, plus d'un tiers de la population se voyait dans le dénuement le plus complet: 5000 personnes, environ 700 familles, étaient sans abri, sans nourriture, sans vêtements. Même les animaux n'avaient rien à manger. La région reçut beaucoup d'aide des autres régions de la province et nos ancêtres reprirent le travail pour tout reconstruire avant l'arrivée de l'hiver. Il fallut beaucoup de courage et de détermination, mais nos ancêtres en possédaient de grandes doses. Une conséquence heureuse de ce feu est qu'il permit aux bleuets de se reproduire en très grandes quantités par la suite. (Pages 433-449) 

Ce texte provient d'extraits de L'Histoire du Saguenay par Mgr. Victor Tremblay. Ce livre est une publication de la Société Historique du Saguenay et couvre la période depuis l'origine jusqu'en 1870. Cet ouvrage (4ième édition-1984) a été préparé en collaboration et publié en 1938 à Chicoutimi.

Les descendants d'Antoine Potvin à Alma

Les pionniers d'Alma

La Dalle ou la Glissoire, connue aussi comme la slide, devint Saint-Joseph d'Alma et ensuite Alma. Le pionnier d'Alma est Damase Boulanger qui a commencé à faire des défrichements sur l'île Sainte-Anne en 1860. Il installa sa famille à Hébertville en 1861 et l'amena finalement en permanence à Alma en avril 1865. Ce pionnier visitait sa famille à Hébertville les dimanches. Durant l'été, il remontait la Petite-Décharge jusqu'au lac, naviguait ensuite sur la Belle-Rivière pour ensuite atteindre Hébertville par la rivière des Aulnaies. C'était un parcours de quelque 34 kilomètres. En hiver,  il voyageait par une ligne d'arpenteur longue de 19 kilomètres. À l'automne 1865, la famille dÉlisée Desbiens s'installa près de celle de Damase Boulanger. En 1868, les frères Alexis et Charles Tremblay ainsi que Fabien Perron vinrent ouvrir des terres sur l'île d'Alma. Romuald Maltais et ses fils s'installaient dans le rang 9 de Signay ( prononcé Sinaï). Jean Jean vint ouvrir le rang 7. (Pages 37 à 54)

Le grand feu a fait heureusement peu de dommages à Alma, à part d'avoir commencé à brûler l'écluse de la Dalle qu'on est parvenu à éteindre. (Page 72)

Les pionniers dAlma inventoriés jusquà 1874 sont: Richard Néron, Jean Néron, François Néron, Augustin Néron, Louis Larouche, François Larouche, Stanislas Larouche, Ferdinand Villeneuve, Georges Langevin, Albert Langevin, Ernest Langevin, Honoré Langevin, Joseph Rousseau, Anicet Bouchard, François Boudreault, Épiphane Fortin, Joseph Côté fils, Joseph Lessard, Damase Gilbert, Pierre Gilbert, François Gilbert, Antoine Potvin, Jean Jean, Louis Jean, Fabien Jean, Maxime Jean, Thomas Jean, Victor Lavoie, Marcel Lavoie, Boniface Néron, Euchariste Néron, Zéphirin Néron, François Côté, Moïse Côté, Thomas Côté fils, Joseph Simard, Philias Simard, Alexis Thibault, Pierre Roy, William Larouche, André Potvin et Nazaire Bouchard. (pages 55-56)

André Potvin, mentionné ci-haut, a marié Marie Boivin à la Grande-Baie le 7 janvier 1852. Il était le fils de Jean-Baptiste Potvin et Agnès Tremblay. Le père de Jean-Baptiste était Joseph. (voir tableau de la 3ième génération)

La lignée d'Antoine Potvin

Antoine Potvin est né à Baie Saint-Paul le 7 juin 1838. Sa marraine se nommait Soulanges Gobeille et son parrain Julien Bouchard selon son certificat de baptême.

Il arriva à Hébertville en 1870 avec son épouse, Delphine Bouchard, quatre enfants et tout son mobilier et articles ménagers dans une seule charrette. Il vint d'abord travailler à la Dalle pour un salaire de 25 cents par jour. En 1871, il prit un lot dans le rang 7. Il commença le défrichement et ensemença  mais il na pas eu de succès. Les gelées détruisaient ses récoltes à ce point qu'il n'en tirait pas assez pour nourrir même sa vache. En février 1874, il acheta le travail fait par Alexandre Dallaire dans le rang 9. Il logeait dans un camp près de la Petite-Décharge, il réussit à maintenir sa famille et à établir son fils, Anaris. (Page 60)

Selon labbé Alexandre Maltais, qui a fait un premier travail sur notre famille en 1939, Anaris est né à Saint-Fulgence en octobre 1865. Ceci signifierait que notre aïeul est demeuré plusieurs années à Saint-Fulgence avant de se rendre à Hébertville. Le répertoire des mariages du Saguenay nous confirme quil sest marié à Chicoutimi le 4 avril 1860.

Antoine, comme tous les colons de ce temps, était très fort physiquement et trimait dur pour défricher son coin de terre à l'aide d'équipement peu sophistiqué pour couper les arbres et surtout enlever toutes les souches pour être en mesure de cultiver la terre et ainsi produire les légumes nécessaires aux humains en plus du foin pour les animaux.

Le texte précédent  provient d'extraits du livre de Mgr Victor Tremblay Alma au Lac Saint-Jean, son histoire.  Ce livre est la publication numéro 18 de la société historique du Saguenay.

Témoignage sur notre ancêtre par Nellie Fillion-Bois en 1984

Antoine Potvin, grand bonhomme aux cheveux roux, est né à Baie Saint-Paul en 1838. Il est arrivé à Alma comme colon en 1872 et s'installe dans le rang 7 (route du lac). Après deux ans, il déménage dans le rang 9, sur le lot 22, qui est maintenant la rue Scott. Ce lot est situé de l'autre côté du pont qui conduit au quartier Saint-Georges. Sa terre a appartenu pendant 75 ans à la famille Potvin et la maison originale existe encore. Elle a été achetée il y a quelques années par Jocelyn Maltais (bien connu à Alma). Il l'a rénovée admirablement et a respecté la base de son architecture première. Ainsi on y retouve toujours à découvert  la poutre sur laquelle Antoine Potvin a inscrit son nom au couteau.

Du plus loin que je remonte dans mon enfance, j'ai toujours entendu parler de lui comme homme d'église. Il aimait chanter, avait la voix forte, quoique fausse par moment, et a mis son talent au service de la communauté en devenant maître-chantre. Il chantait le plain Chant (déformation du grégorien). Il prononçait les mots au son et ad vitam aeternam devenait habitanam heternam. Il faisait le parcours de la maison à l'église en marchant. Les chevaux étaient rares vers la fin de ce siècle là. Il fallait les ménager car les chemins étaient peu ou pas entretenus en hiver, boueux au printemps et à l'automne. Il était important pour les chevaux de conserver leur énergie pour les travaux de défrichement et d'entretien. On prenait soin des animaux aussi bien que les humains. Si une raison majeure l'empêchait de se rendre à l'église, la messe n'était pas chantée car il était le seul à pouvoir le faire.

Il a souvent négligé sa ferme pour remplir son devoir de maître-chantre mais, pour la famille Potvin, il était un homme formidable. Il a continué à chanter même après l'apparition bien timide des chorales vers 1886, d'après les archives de l'église, et l'a fait par intermittence jusque vers 1913.

Que l'on pense aux millions de pas qu'il a parcouru, un aller seulement représentait environ 4 kilomètres, puisqu'il se rendait à l'église tous les jours de la semaine et souvent deux fois par jour. Il a procuré à tous ses concitoyens beaucoup de joies et apporta une certaine solennité aux divers offices religieux. Il a donné beaucoup à son église et à nos ancêtres en étant le tout premier chantre d'Alma. Madame Théodora Fortin-Ouellet, fille de Théodore, âgée de 91 ans, se rappelle la voix de cet ancêtre aux divers offices religieux.

Hommage à toi, cher grand-père Antoine, qui de ta voix sonore a fait vibrer l'église de ton chant et hommage à  tous tes descendants Potvin qui ont été les bâtisseurs de cette ville! De ton hérédité, certains ont su faire vibrer autant  les ondes de la radio et de la télévision que des différentes tribunes publiques. Je me permets d'en citer deux : Gérard qui a fait une longue carrière en radio et télévision à Radio-Canada et  mon père, Jos. Fillion, en politique active au provincial.

Antoine est décédé en 1916. Il avait  78 ans. Son épouse avait 91 ans lorsquelle mourut. Lors de son mariage, c'est son frère Paulin, marié à Marie-Marguerite Gravel, qui lui servit de père.

Les Lalancette

Dans la lignée ascendante d'Emma Lalancette, nous indiquons qu'elle est une descendante de Pierre-Henri Lebreton dit Lalancette. Le nom d'origine de cet ancêtre est Hélie.

Aux pages 36-37 du tôme10 des mariages de Bellechasse, Montmagny et l'Islet, voici ce que le frère Éloi-Gérard a écrit: : Pierre-Henri Lebreton, fils de Jean-François Lebreton et de Jeanne-Marie Samson, de St-Aubin-de-Renneson en Bretagne, se marie le 2 décembre 1741 (contrat J. N. Ringuet de Vaucour N. P. le 26 nov. ) à  Agnès L'archevêque, fille de Jean et d'Angélique Rainville. En secondes noces, à Ste-Anne-de-la-Pocatière, le 5 novembre 1765, il épouse Marie-Angélique Bouchard, fille de Joseph et Angélique Pelletier de St-Roch-des-Aulnaies. Ce médecin fut un des premiers à pratiquer des saignées et on le baptisa du surnom de Lalancette. Il fut inhumé à la Pocatière, le 9 avril 1796 à l'âge de 83 ans.

Pierre-Henri a eu 3 enfants durant son premier mariage: Pierre, Angélique et Marie-Josephte. Les 2  premiers enfants se sont mariés à Ste-Anne-de-la-Pocatière tandis que la troisième s'est mariée à  Québec. De son deuxième mariage, il a eu Geneviève en plus de Jean-Baptiste. Geneviève s'est aussi mariée à la Pocatière tandis que Jean-Baptiste s'est marié à La Malbaie.

La famille Lebreton a sa place dans l'histoire de la littérature car une fille de Pierre-Henri, soit Marie-Josephte, est la grand-mère du poète Octave Crémazie.

En effet, Jacques Crémazie a marié en secondes noces Marie-Josephte Lebreton dit Lalancette à Notre-Dame de Québec le 29 avril 1783. Ce couple eut 3 enfants dont un autre Jacques qui a marié Marie-Anne Miville dit Déchêne à Charlesbourg le 27 juillet 1807. Ce dernier couple eut un enfant qui fut baptisé le 17 avril 1827 à Notre-Dame de Québec. Cet enfant se nommait Octave et devint célèbre pour ses poèmes.

Ses descendants ont choisi de se nommer Lalancette à  leur arrivée au Saguenay-Lac St-Jean.

Des membres de notre famille actifs dans la vie publique.  

Dans le livre de Mgr Victor Tremblay,   Alma au Lac Saint-Jean, nous avons noté que Antoine Potvin a fait partie du conseil municipal en 1885, 86 et 87. Anaris fit de même en 1907, 08 et 09. (Pages 481 à 483). Nous pouvons lire que la première école fut ouverte en 1878. (page 103)  Le premier curé arriva en 1882. (page 487).  L'éclairage à l'électricité commença  en 1923 pour tout le village. (page 317)

Ce livre parle aussi de la vie politique et un peu de Joseph Ludger Fillion qui est le fils d'Adolphe Fillion et Marie Potvin, la soeur d'Anaris. Mon oncle, pour les gens de ma génération, était un bon gros bonhomme qui avait toujours le temps de nous parler et surtout de jouer avec les jeunes en nous pinçant après nous avoir gentiment agrippés en dépit de doigts coupés à une main. Il s'est lancé en politique provinciale et fut défait en 1935 et 1936 par le dentiste Léo-M. Duguay, membre du parti conservateur (les maudits bleus). Il l'emporta pour le parti libéral  (les bons rouges) sur monsieur Duguay au cours des 2 élections générales suivantes en 1939 et 1944. Il fut battu en 1948 par le docteur Antonio Auger de l'Union Nationale, dirigée par Maurice Lenoblet Duplessis. (pages 363-4).  Avant son entrée en politique provinciale, il s'était fait connaître pendant de nombreuses années comme secrétaire du conseil municipal du village et de la ville. (page334) On trouvera un peu plus loin un texte sur Jos. Fillion.

Le comité centenaire d'Alma a publié un livre sur l'histoire des paroisses de la ville soit  Saint-Joseph d'Alma a 100 ans: 1884-1994. Le livre a été écrit par Paul Tremblay qui fut longtemps l'éditeur de l'hebdomadaire Le Lac Saint-Jean. Aux pages 87-88, nous retrouvons la liste des marguilliers à Saint-Joseph. Parmi eux, pour des termes de 3 ans, on retrouve les élections d'Antoine Potvin en 1894, Anaris en 1934, Joseph Fillion en 1951 et notre cousin Joseph-Henri Potvin, un fils d'Henri, en 1966. Aux pages 457-477, on y trouve le rôle joué par notre oncle Jean-Joseph Maltais dans la création de la paroisse Saint-Pierre à  Alma.

Aux pages 198-9, nous trouvons 2 témoignages impliquant des membres de la famille. Ils en disent un peu plus sur les moeurs et coutumes du temps. La première est racontée par Roméo Fortin et la deuxième par Joachim Lavoie.

En premier, le témoignage de monsieur Fortin:

Le curé Ludger Gauthier ( curé de 1931 à 1956) m'Avait accordé un contrat pour laver les bancs de l'église et les vernir. J'étais le plus bas soumissionnaire. J'ai demandé une soumission pour le vernis à Jean-Joseph Maltais qui en vendait alors. Il offrait le meilleur prix. Le curé Gauthier, après avoir examiné la texture et la couleur du vernis, me répondit que ce n'était pas du vernis de bancs d'église et que c'est seulement Justin Dallaire qui en vend.

Mais Jean-Joseph Maltais ne se tint pas pour battu. Il courut au presbytère; le curé n'y était pas et il le trouva enfin chez Thomas-Louis Bouchard. Il l'invita alors à s'asseoir dans son automobile. Inutile de dire que Jean-Joseph lui en débita tout un chapitre. Le curé, avec son calme habituel, écouta tout sans mot dire. Quand Jean-Joseph se fut un peu calmé, le curé lui dit: Si t'as fini asteure, j'vas te donner l'absolution.

Maintenant, le témoignage de monsieur Lavoie:

Avant le grand feu de 1925, il y avait une dizaine de salles de pool dans le village d'Alma dont 5 ou 6 sur la rue Sacré-Coeur. Il y en avait  une propriété de Jos. Fillion, en société avec son beau-frère Johnny Gauthier. Il y en avait  une aussi dans le rang 9.

Dans ce temps-là, ce n'était pas les revenus des salles de pool qui faisaient vivre les propriétaires. C'était surtout la cagnotte qui était un revenu, en pourcentage, pris sur les parties de cartes qui se jouaient dans un petit local à côté. Il y avait aussi la vente du speed, une sorte de boisson faite de plusieurs ingrédients dont du cream-soda et qu'on vendait en cachette. Le curé Lavoie (curé de 1891à 1931) fit de nombreux sermons contre ces lieux de débauche, comme il les appelait.

Aux pages 301-304, M. Tremblay nous parle des 3 cloches installées dans le clocher de l'église Saint-Joseph. Sur ces 3 cloches, il y a différentes inscriptions et le nom de famille Potevin  est gravé sur l'une d'elles (Joseph) comme plusieurs autre noms de famille.

Non rapporté dans les livres ci-haut mentionnés, il ne faut pas oublier que Jean-Joseph Maltais fut longtemps impliqué en politique municipale puisqu'il fut échevin de la ville dAlma de 1942 à 1950. Il fut suivi par Joseph-Henri qui a complété 2 termes comme échevin soit de 1959-62 et  un autre de 4 ans quelques années plus tard.

Le bon curé Gauthier ne faisait pas de la politique active mais dans une envolée oratoire lors d'un des sermons, il n'avait pas hésité à rappeler à tous ses fidèles, à l'approche d'une élection provinciale, que le ciel est bleu et que l'enfer est rouge. 

La parenté d'un peu partout

Dans la ligne ascendante des Bouchard, (tableau de la 7 ième génération) nous constatons qu'Antoine Bouchard a marié Madeleine Simard, la fille de Noël et Madeleine Racine. Que le lecteur se souvienne que l'épouse de Prisque (tableau de la 4ième génération) est aussi une descendante directe du même couple puisque son père est le fils de Noël et Madeleine Racine.

Pour continuer ces liens directs et étroits, Jean-Marie Potvin, frère de Janvier (tableau de la 4ième génération) a épousé Agnès Bouchard dont l'arrière grand-père (Jean-Noël) est le fils dAntoine Bouchard et Madeleine Simard. Cest un peu compliqué, mais je voulais simplement vous signaler que, en fin de compte, notre peuple est tricoté serré.

Pour continuer dans la même veine, signalons nos liens avec l'ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard. À la fin de la généalogie, je joins un tableau indiquant que Delphine Bouchard est la fille de Joseph, le frère de Jean-Baptiste. Ce dernier est l'arrière-arrière-arrière-grand-père de Lucien Bouchard. Cest loin, mais cest direct.

Mon oncle Jos. Fillion

La revue Saguenayensia  publiée par la Société historique du Saguenay, volume 28, numéro 3, juillet-septembre 1986, a publié un excellent article sur mon oncle Jos. sous la plume de sa fille et notre cousine Nellie Fillion-Boies. En voici quelques extraits:

Celui qui nous donne la vie est parfois mystérieux pour ses enfants, mais mon géniteur ne l'était pas pour moi. Jai vécu avec lui des moments démerveillement et de complicité qu'il m'est difficile de décrire. Il était tellement extraordinaire qu'il restera toujours à mes yeux ce beau grand bonhomme, bon vivant, jovial, aimant et communiquant à tous sa gaieté et sa joie de vivre.

Il avait moins de 5 ans lorsque son père est mort. Son oncle Célestin devint son tuteur. Il a vécu au village avec son tuteur, sa mère et ses grands-parents dans une maison construite sur la terre de son oncle Célestin. Cette maison était située dans un rectangle compris dans le quadrilatère formé par la Petite-Décharge, la rue St-Joseph, la rue Labrecque et le trait-carré du rang 7.  Il allait aussi partager la vie au rang neuf avec ses cousins au gré des saisons.

(Note: pour les gens de la neuvième génération, Jos. Fillion n'était pas un petit cousin mais mon oncle Jos. qu'on aimait beaucoup. Il en était ainsi pour ma tante Héléna et leurs enfants étaient notre cousine et nos cousins. )

À 12 ans, dans un malheureux accident, il perd 4 doigts de la main droite soit le bout du petit doigt et les 3 autres à la deuxième phalange. Cet accident l'oblige à se diriger vers une carrière libérale.

Il fit ses études primaires à Alma et commença son secondaire au séminaire de Chicoutimi. Il était doué pour les mathématiques, gourmand, gourmet, généreux et était doué d'une mémoire extraordinaire. Il se faisait facilement des amis et aimait être entouré. À sa sortie du séminaire, à 17 ans, il commença à travailler comme postillon (distribution du courrier rural). De 1920 à 1928, il devint secrétaire-trésorier du village d'Alma. Par la suite, lorsqu'il nétait pas député, il occupa différentes fonctions telles que maître de poste, chef de district pour une compagnie d'assurances, commis à la construction du pont Carcajou et employé de la commission du salaire minimum.

Le 7 août 1916, Jos. épousa Héléna Simard, fille mineure d'Ernest et feue Wennie Gaudreault le même jour que son cousin Elzéar maria Marie Tremblay. Le couple eut 10 enfants soit: Nellie, Victorin, Olivier et les jumeaux Gaëtan et Gaby en plus d'en perdre 5 en bas âge. De plus, 4 autres nièces et  1 neveu ont joint la famille après le décès de leurs parents ou pour poursuivre leurs études.

Lorsqu'il fut choisi comme candidat du parti libéral pour lélection provinciale de 1931, il lui fallait convaincre les membres de sa famille qui étaient conservateurs en commençant par son oncle et parrain Anaris. Il lui fallut faire plusieurs voyages à la maison du 9 pour décider Anaris d'aller seulement voter. Ce dernier accepta à condition que Jos. aille le chercher mais sans jamais lui promettre de voter pour lui. Ses cousins sétaient déjà ralliés en douceur. ( Note: La grand-mère Emma Lalancette était aussi une rouge mais, à cette époque, les femmes du Québec n'avaient pas encore le droit de voter. ) Le grand-père Anaris n'a jamais dit pour qui il a voté. Mais après l'élection, il s'est joint à ses garçons pour le supporter jusqu'à la mort.

À cette époque, l'Assemblée législative avait encore un faste qu'on ne voit plus maintenant. On y rencontrait des députés qui ont marqué la vie québécoise, et cela autant du côté de l'opposition que du parti au pouvoir. Tous affichaient une tenue vestimentaire impeccable et avaient une langue parlée qui aurait fait rougir nos cousins de la vieille France. Cétait aussi l'heure des femmes car cest en 1940, exactement le 25 avril, que la loi fut sanctionnée accordant le droit de vote aux femmes. 

Mais le plus grand combat que Joseph Fillion eut à livrer avec sa conscience fut quand le parti de l'Union Nationale lui offrit, dans les années 1945-46, de le nommer directeur de la Prison de Québec. Son hésitation dura quelques jours. Cétait tentant. Il avait peur des prochaines élections, et comme il s'agissait d'un poste à vie, il y pensa à deux fois. On lui offrait sur un plateau d'argent une position qui lui apporterait la stabilité, ce dont il avait besoin. Il  refusa finalement  parce qu'il ne se sentait pas capable de trahir ses électeurs et son parti.

Il a aussi joué au hockey et fut très actif dans l'organisation des Aigles d'Alma et de la ligue

J. K. L. S., un circuit intermédiaire A. En 1949, l'équipe d'Alma gagna le championnat provincial. (Note: cette équipe se fit éliminer par les Sénateurs d'Ottawa, du circuit senior, alors un échelon inférieur à la ligue Nationale, pour la conquête de la coupe Allan. Plusieurs joueurs des Aigles furent de la première édition des Saguenéens de Chicoutimi. )

Il fit aussi partie de nombreuses organisations telles les Chevaliers de Colomb, l'association catholique de la jeunesse canadienne, co-fondateur du premier club de l'âge d'or d'Alma et membre du comité de construction du premier aréna en arrière de l'hôtel de ville.

Dans son temps, il n'y avait aucune pension pour les députés à la retraite. La vie du politicien n'était pas facile et seuls ceux qui avaient un revenu supplémentaire pouvaient s'en tirer. Ce n'était pas son cas et sa situation financière était précaire. Après sa défaite en 1948, les gens qu'il avait aidés l'ont laissé tomber, sa santé s'est détériorée et  il ne fut jamais le même. La maladie d'Alzheimer le frappa éventuellement. Il est mort à l'âge de 76 ans en 1971.

On doit se souvenir de lui comme un grand homme, un bâtisseur de ce pays, un être bon et charitable et un grand patriote.   (Fin du texte)

Ma cousine Cécile Tremblay Turenne, une fille de tante Lucia, m'a aussi mentionné que sa mère avait aussi été hébergée par Marie Potvin-Fillion lorsqu'elle fréquentait le couvent à Alma. Elle demeurait à Alma durant la semaine et ne retournait à la maison familiale que pour le week-end. Sa mère la trouvait souvent un livre à la main alors que'lle lui avait demandé de faire les lits et le ménage dans les chambres du second étage. Elle avait de belles aptitudes scolaires mais son talent fut perdu car, dans le temps, on disait que les filles n'avaient pas tellement un grand besoin d'instruction.

Mon oncle Elzéar et les électriciens

L'histoire de notre famille ne peut être complète sans parler du génie inventif et de l'esprit d'entrepreneurship de ce géant d'oncle quétait Elzéar Potvin, né en 1894 et décédé en 1967 à la suite dun cancer de l'estomac. Pour en savoir plus, j'ai rencontré un de ses fils, Clément.

Mon oncle a fait ses études primaires à Alma et a commencé ses études secondaires au séminaire de Chicoutimi. Il y était en même temps que son cousin, Joseph Fillion. Très jeune, il a démontré un grand goût pour la lecture et toutes sortes de projets mijotaient constamment dans son cerveau créateur. Après son mariage à Marie Tremblay, âgée de 20 ans,  le 7 août 1916, ils se sont établi à Saint-Henri-de-Taillon sur une terre appartenant à son père. Cinq de leurs quinze enfants vivants y sont nés.

On le retrouve enfin sur les chantiers de construction du barrage électrique de l'Île-Maligne car notre jeune homme est bien plus doué pour les grands chantiers industriels que l'agriculture. En travaillant sur ce chantier, il réussit à apprendre les rudiments de la langue anglaise. Il s'inscrit par la suite à un cours par correspondance de génie du  Chicago Institute qui lui décernera un certificat de réussite à la fin de ses études. Notre jeune homme décide alors de concentrer ses activités dans le domaine de l'électricité qui vient de faire son apparition. L'arrivée de l'électricité est sans aucun doute le plus grand évènement du vingtième siècle. Il en voyait tous les bons côtés dont celui du développement extraordinaire de l'industrie manufacturière. Cétait un avant-gardiste.

Pendant plus de 12 ans de 1926 à 1938, il fut employé par la ville d'Alma et fut le responsable de l'installation du réseau original d'électricité à la grandeur de la ville de Saint-Joseph dAlma. Malheureusement, aucun livre d'histoire ne fait mention de ce fait. Étant libéral de souche (un rouge dans la terminologie de l'époque) et sentant l'arrivée prochaine des bleus (conservateurs) au gouvernement provincial, il décida de quitter ce travail pour devenir entrepreneur-électricien à son compte. Dans ce temps-là, il fallait être du bon côté politique pour obtenir les emplois du secteur public. Quelle époque!

Un de ses premiers gros contrats fut celui du Sanatorium de Roberval suivi de ceux du magasin Gagnon et Frères à Chicoutimi et du Pensionnat Saint-Dominique à Jonquière. Lors de la construction de la ville d'Arvida, il obtint le contrat pour les 250 maisons construites par l'Alcan pour ses employés. Il perdit éventuellement une partie du contrat mais en compléta environ les trois quarts. La compétition était féroce à l'époque et mon oncle, tout comme de nombreux Potvin, nétait pas le meilleur homme d'affaires. Une poignée de mains lui était suffisante pour régler une affaire mais ce nétait pas le cas pour de nombreuses personnes avec qui il a  négocié des contrats verbaux. On sait tous qu'une parole de Potvin, c'est sacré! Cest dans notre sang.

Tout au long de son parcours, il entraîna dans son sillon de nombreux membres de la famille qui prirent tous le beau métier d'électricien. Son premier adjoint fut mon père qui était son frère, Thomas-Louis. Ensuite ce furent ses neveux, Thomas-Louis Maltais, René Potvin, Jean-Marie Potvin et  ses 8 fils en commençant par Léonce, Roland et Fernand. Ses autres fils, Clément, Jean-Baptiste, Émilien, Marc et Gilles emboîtèrent le pas par la suite. Un autre neveu, Jean-Eudes, embarqua aussi dans la barque. Deux de ses gendres étaient aussi des électriciens soit Ernest Doucet et Gillbert Michaud. Le seul neveu électricien non formé par lui fut Joseph-Henri . Il y en a peut-être d'autres, mais les noms m'échappent. Dans les réunions de famille, on parlait beaucoup d'électricité en plus de la politique.

Le trait particulier quil faut souligner de cet homme est sans aucun doute son talent créateur.

Le cerveau de cet homme, autodidacte en grande partie, était constamment en ébullition. Il adorait trouver des solutions pour les problèmes qu'on lui soumettait. Il faut mentionner aussi qu'étant le plus vieux des enfants d'Anaris, plusieurs soeurs et frères comptaient sur lui après la mort de leur père.

Sa débrouillardise et son génie n'avaient pas de limite pour trouver des solutions pratiques. Vers les années 1937-38, il prépara une auto-neige pour affronter les durs hivers d'antan. Cette auto avait des skis/patins en avant et des chaînes en arrière. Contrairement à celle d'Armand Bombardier qui avait des chenilles, celle de mon oncle s'enfonçait plus facilement dans la neige.

Un cultivateur de la région de Bagotville qui était trop éloigné des autres pour bénéficier du réseau électrique régulier a vu son problème réglé avec une de ses conceptions: un petit barrage, une roue activée par l'eau et une génératrice à courant direct qui chargeait des batteries de 6 volts qui lui permettaient de faire marcher ses moteurs électriques.

Après la seconde guerre mondiale, un groupe d'environ 65 cultivateurs de Bagotville formés en coopérative demandèrent  à un autre entrepreneur-électricien de leur faire une installation. L'entrepreneur déclina pour différentes raisons. Pas mon oncle, il prit le contrat et fit l'installation dans les 4 rangs où ils habitaient. Ces cultivateurs avaient trouvé un père et ils ne l'ont jamais oublié.

Après avoir quitté Alma et déménagé sa famille à Half-Way, soit entre Jonquière et Arvida, il y eut un problème au sujet de l'école. Une solution fut trouvée par notre oncle entreprenant. Il a convaincu les autorités d'ouvrir une école dans sa maison et de prendre d'autres enfants en plus des siens. Il en eut 15 en tout. La maîtresse était une jeune fille de 17 ans ayant complété une année à l'école normale. Cette fille, Rose-Annette Bouchard, reprit ses études l'année suivante puisque les enfants purent joindre le système régulier.

Le propriétaire du magasin général de l'Anse Saint-Jean put aussi compter sur son génie car il lui installa une turbine dans le sous-sol du magasin. Cette turbine produisait toute l'électricité requise pour ses propres besoins.

Clément  est une source incroyable d'anecdotes sur cet oncle mais je l'ai arrêté car je ne voulais pas écrire un bouquin. J'ose seulement espérer que quelqu'un compilera ses témoignages ainsi que ceux de ses soeurs et frères car je suis convaincu qu'il y a de la matière pour écrire un bon document sur la vie de cet oncle Elzéar.

Le jour de l'an chez l'oncle Anaris

Avec un autre témoignage de Nellie Fillion-Bois, nous allons revivre une tradition que les descendants de la neuvième génération se souviennent sans doute:

Mon père aimait particulièrement le temps des fêtes. Il a toujours aimé recevoir. Cette période de réjouissance était l'occasion pour lui de fêter et réunir autour de lui ceux qu'il aimait au réveillon de Noël, après la messe de minuit qu'il fallait entendre d'un bout à l'autre soit jusquà la fin de la messe basse de l'aurore, la troisième.

La plus grande fête de l'année pour lui était le premier jour de l'an et son déjeuner chez l'oncle Anaris et tante Emma avec sa famille Potvin. Il y pensait des mois à l'avance; dès le début de l'automne, il réservait la carriole de Pierre Duchesne dit Penché, charretier de son métier, pour nous y conduire. Ce monsieur Duchesne devait son pseudonyme à sa tête qui penchait d'un côté. Qu'importe, pour nous les enfants, cétait féerique!

Il arrivait souvent que des parents ou amis venaient nous réveiller à minuit tapant pour être les premiers à souhaiter la bonne année à toute la maisonnée. Ils arrivaient avec des clochettes et des chants qui ne manquaient jamais de nous réveiller. Après les voeux d'usageet le petit boire que papa leur servait, il se faisait tard à leur départ. Comme c'était la coutume d'aller à la messe du jour de l'an à six heures, nous étions chanceux de pouvoir nous rendormir un peu. Souvent, papa ne se recouchait pas car il était un lève-tôt; ses chants remplissaient la maison à 5 heures et demie. Le réveil était brutal. Après avoir assisté à la messe, papa nous donnait sa bénédiction que Victorin lui demandait, les enfants à genoux en face et maman debout à côté de lui; elle disait qu'elle n'avait pas à s' agenouiller devant lui. Lorsque papa donnait sa bénédiction, il avait toujours la larme à l'oeil car cela lui rappelait la mort de son père un certain jour de l'an au début du vingtième siècle.

Déjà la carriole nous attendait à la porte. Les chevaux piaffaient la neige durcie, des briques chaudes étaient déposées dans le fond pour nous garder à la chaleur et on nous recouvrait d'une grosse peau de fourrure de buffalo. Monsieur Penché était derrière ses chevaux, ornés de fleurs de papier et clochettes, qui faisaient de jolis bruits pendant que nous chantions en choeur avec papa des chants du jour de l'an. Nous croisions en route d'autres voitures et les souhaits de bonne année se criaient d'une voiture à l'autre. Cétait la coutume dans les années 1920 et 1930 de visiter la parenté de bonne heure le matin. La route du rang 9 qui nous menait à la vieille maison des Potvin n'était jamais assez longue et s'il neigeait quel plaisir! Que nous étions heureux et comblés!

En arrivant, la porte s'ouvrait, tante Emma et oncle Anaris nous attendaient et nous souhaitaient la bonne année. Aussitôt entrés, sans nous déshabiller, papa demandait à son oncle, qu'il considérait comme son père, sa bénédiction. Nous étions agenouillés avec papa tandis que maman restait debout. Déjà la maison était pleine de tantes, oncles et enfants les Potvin étant prolifiques. Commencer la nouvelle année avec la bénédiction de l'aïeul et du chef de famille était une tradition bien québécoise et personne n'aurait osé s'en passer, c'était un hommage aux ancêtres.

Quand tout le monde était arrivé, oncle Anaris sortait sa blague à tabac neuve, faite en vessie de cochon séchée, elle nous semblait lourde et dodue, et il faisait la distribution des cadeaux aux enfants: 25 cents pour les grands, 10 cents pour ceux du milieu et 5 cents pour les plus jeunes. Cétait probablement le seul argent que nous recevions de l'année et nous nous sentions riches riches!

Ensuite, nous passions dans la cuisine d'été où l'on avait mis les tables recouvertes de nappes tissées et, si on en manquait, des draps blancs. À nos yeux, que les tables étaient longues et bien garnies! Les enfants avaient leur place à côté des grandes personnes et étaient servis en même temps. Les brus de la maison servaient tout le monde et mangeaient ensuite à la deuxième tablée. Oncle Anaris présidait le tout comme un grand patriarche et chaque année la lignée s'allongeait.

Après le Benedicite, tous mangeaient en premier la soupe suivie du ragoût non épais avec des boulettes de viande. Arrivaient ensuite les viandes rôties telles que dinde, poulet et porc en plus des pâtés à la viande. La mélasse trônait toujours sur la tables des Potvin et chacun en mangeait avec tous les plats; on ne faisait pas cela chez-nous car maman n'aimait pas la mélasse. Les tables étaient garnies de belles petites pâtisseries; il me semble que, si mes souvenirs sont bons,  le dessert était de la crème brûlée qu'on avait préparée dans une grande lèchefrite. Cette crème était  recouverte de noix de Grenoble et on la coupait en carrés. Le tout était couronné de crème fraîche et épaisse. Les adultes avaient droit à un petit verre de vin rouge, je crois du Saint-Georges, mais les enfants buvaient du lait et le thé achevait le tout.

Le déjeuner terminé, nous nous retrouvions dans la grande salle où, il me semble, on retrouvait un gros poêle à bois et où il faisait beaucoup plus chaud que dans la cuisine d'été. Les chansons commençaient et papa y allait de sa chanson à réponse. Ensuite les tantes Emma et Marie-Anne avec Gertrude, la fille dElzéar, dansaient ensemble le Charleston. Ces 3 femmes de générations différentes dansaient bien ensemble. On aurait juré quelles avaient des ailes, mais faute den avoir, elles avaient du rythme. Vers la fin de la danse, oncle Ludger se joignait à elles.

Après toutes ces agapes fraternelles, chacun regagnait son foyer avec des voitures à cheval, les chemins n'étant pas ouverts et les automobiles étant plutôt rares. Nous regagnions le nôtre avec notre même chauffeur et sa belle carriole.

À notre retour, s'il n'était pas trop tard, papa remplissait son devoir de catholique en allant à la grande messe de 10 heures. Il trouvait le moyen de chanter en même temps que le choeur de chant du jubé même si nous étions dans le banc 10 de l'allée latérale, en face de la chaire. Après la messe, il allait demander la bénédiction de son curé, allait saluer le maire et revenait à la maison pour recevoir les hommages de ses électeurs.

Quelle belle enfance avons-nous eue même si papa était fils unique car sa famille d'adoption la toujours considéré comme l'un des  siens.

À l'église de Saint-Joseph dAlma, chaque vieille famille avait son banc qui était reservé aux membres de sa famille pour les principaux offices religieux les dimanches et les jours de fêtes. Je crois me souvenir que celui de la famille d'Anaris était le numéro 7 ou 9 dans l'allée centrale du côté droit.

Ainsi se termine un premier jalon du profil de la grande famille des Potvin. Mon seul souhait est que les plus jeunes descendants continuent ce travail car je suis convaincu qu'il se cache quelque part des trésors d'information encore inconnus de nous sur la vie de nos aïeux. Ce premier texte peut servir de base à un document plus élaboré à mesure que des nouveaux faits historiques seront découverts. À cette fin, j'invite chacun des lecteurs à fouiller dans les vieux documents transmis par leurs parents au cours des années. Il me fera plaisir de colliger au présent document toute nouvelle information qui me sera  fournie.  

Bibliographie et références:

-Archives nationales du Québec à Montréal.

-Les Poitevin dit Laviolette, 1669-1992, Soeur Annette Potvin, Société    généalogique du Saguenay, 930 Jacques-Cartier est, Chicoutimi, Qc. G7H 7K9

-Charlesbourg, 1660-1949, Reine Malouin, Les Éditions La Liberté Inc.  Québec.

-Généalogie des Potvin, édition de janvier, 1939 et révisée en 1983, Abbé Alexandre Maltais.

-Répertoire des mariages au Saguenay-Lac Saint-Jean, des origines à 1971, Société généalogique du Sagunay. 

 -Recueils de généalogies des comtés de Charlevoix et Saguenay depuis lorigine jusquà 1939, Frère Éloi Gérard, Société généalogique du Saguenay.

-Recueils des généalogies des comtés de Bellechasse, Montmagny, lIslet, Frère Éloi Gérard.

-Recueils des généalogies des comtés de Beauce, Lévis, Dorchester, Frère Éloi Gérard.

-Monographie de l'histoire de la paroisse de Charlesbourg, Société historique deCharlesbourg. 

 -L'histoire du Saguenay, depuis lorigine jusquà 1870, par Mgr. Victor Tremblay-  Société historique du Saguenay. Édition 4-1984.

-Alma au Lac Saint-Jean, Mgr. Victor Tremblay, Société historique du Saguenay.

-Saint-Joseph dAlma a cent ans, comité du centenaire de Saint-Joseph dAlma.

-Saguenayensia, octobre, 1996, Société historique du Saguenay.

-Histoire populaire du Québec, Jacques Lacourcière, Éditions du club Québec-Loisirs.

-Chronologie de l'histoire du Québec, http: //pages. infinit. net/histoire/quebec-h. html-450 ans d'histoire en Charlevoix, Jean-Paul-Médéric Tremblay.

-Zéphirin Paquette, sa famille, sa vie, son oeuvre, monographie de la Société historique de  Charlesbourg.

-Nos ancêtres # 18, Gérard Lebel, rédemptoriste, Sainte-Anne-de-Beaupré.

-À propos de Crémazie par Pierre-Georges Roy, éditions Garneau.

-Dany Côté, Hébertville, pionnière du Lac Saint-Jean, 1849-1999, publication de la municipalité dHébertville.

-Messieurs du séminaire, Paul Médéric, Société d'histoire de Charlevoix.

-Les seigneurs du Gouffre, Paul Médéric, Société d'histoire de Charlevoix.

-Être seigneur aux Éboulements, Jean-Paul Médéric Tremblay, Société d'histoire de Charlevoix.

-Tout un été de guerre, Jean-Paul Médéric Tremblay, Société dhistoire de Charlevoix.

-Saint-Pierre et Saint-Paul de la Baie-Saint-Paul, histoire de la paroisse de Baie-Saint-Paul  par Nérée Tremblay , Société dhistoire de Charlevoix.

-Des Potvin et des Desmeules, frère Laurent Potvin(copie de Joseph-Henri Potvin).

-Plusieurs bulletins de la Société d'histoire de Charlevoix.

-Plusieurs éditions de Saguenayensia, Société historique du Saguenay.

-Plusieurs bulletins de Le Charlesbourgeois, Société historique de Charlesbourg. 

-Témoignages de Nellie Fillion-Bois, documents fournis par Nellie.

 

Document préparé par: 

Maurice Potvin,  11811 rue Poincaré, Montréal, Qc. H3L 3L6

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Mai 2001